Un conte

Les fenêtres du roi Yelo (extrait)

de Camille SAGLIO

 

 » Il était une fois un château, posé tout en haut d’une colline.

Ce château était très beau, à l’image de son roi, Yelo, réputé pour son physique parfait. Ses sujets ne manquaient pas de le saluer joyeusement. Ils lui disaient : « Eh roi Yelo, tu as vu mes légumes comme ils sont beaux ? » ou « Roi Yelo, regarde ma fille comme elle est belle ! »

Dans ce royaume, régnait, vous l’aurez compris, le culte de la beauté. Chaque objet, chaque personne, et même chaque animal se devait d’être le plus beau possible. Les habitants passaient des heures devant leur miroir et on voyait les vaches se mirer dans les mares et les oiseaux se regarder dans les flaques d’eau.

Tout allait pour le mieux dans le royaume de Yelo. Mais le roi rencontrait un seul problème : son château n’avait pas de fenêtre. En effet, il ne s’était jamais résolu à poser des vitres transparentes et fades, qui ne mettraient pas en valeur le bel intérieur de son château ; il voulait les plus belles couleurs, que les rayons du soleil, voulant participer à cet effort de beauté, viennent transpercer les fenêtres et inonder chaque pièce.

Il désespérait de trouver dans son royaume un artisan capable de réaliser pareil ouvrage et chaque jour il s’enfonçait d’avantage dans le doute et l’inquiétude, ce qui, pour comble de malheur, altérait sa beauté ! Il commençait à moins sortir, à passer des heures tout seul, dans son château.

Un jour, alors qu’il retournait ce problème dans tous les sens avec son fidèle conseiller Grine, celui-ci eut une idée :

«-  Sire, dit-il, nous ne trouvons pas d’artisan capable de réaliser ce que vous cherchez, et tous nos forgerons, vitriers ou même teinturiers s’y sont essayé sans succès. Pourquoi ne chercheriez-vous pas au-delà de nos frontières ? Il doit bien exister des peuples qui savent faire ce que nous voulons…

–  Mais oui, tu as raison ! Envoyons dès maintenant des émissaires aux quatre coins de la planète afin de chercher les meilleurs artisans pour réaliser mes fenêtres. Je couvrirai d’or celui qui y parviendra comme je l’entends ! »

Et dès le lendemain, ceci fut fait.

A partir de ce jour, Yelo recommença à sortir et se montrer, il félicitait même les salades qui avaient produit leurs plus belles feuilles et chacun des sujets était heureux de voir à nouveau leur roi parmi eux.

Et puis on annonça le premier des artisans. Il arrivait tout droit des rives du Nil et était le plus réputé, disait-il, des artisans vitriers. Sa peau était tannée par le soleil, il portait une cape bleue, un pantalon de soie bleue, une chemise bleue et il arborait un chapeau bleu, d’où partait une magnifique plume bleue. Il se présenta :

« – Je te salue, roi Yelo, je me nomme Azraq[1]. J’arrive de la Vallée du Nil où notre spécialité est de fabriquer des pigments bleus, à partir de l’azurite. Je te ferai les plus belles fenêtres bleues que tu n’aies jamais vues !

– Très bien Azraq, tu peux commencer ton ouvrage et nous verrons si cela me convient ! »

Et il se mit au travail seul, car personne ne devait voir les secrets de sa fabrication.

Quelques semaines plus tard, Azraq ouvrit les portes du château au roi et lui dit : « Et maintenant, roi Yelo, emplis tes yeux de cette belle couleur bleue ! ».

A suivre en spectacle !…


[1] Bleu en arabe